Beauté qui triomphez de moi
Vous rêvez à je ne sais quoi
Sans qu’on puisse juger quel chagrin est le vôtre
D’où viennent ces noirceurs dessus un front si doux
Est-ce... que je suis près de vous
Ou que vous êtes loin d’un autre ?
Oui, ma présence vous déplaît
Et mon sort, tout affreux qu’il est
N’a rien qui vous surprenne et rien qui vous étonne
Vous ne prenez pas garde aux ennuis que je sens
Et vous ne rêvez qu’aux absents
Ou vous ne rêvez à personne
Peut-être en vous parlant d’un feu
Dont l’ardeur vous touche si peu
Je vous ai ramené quelque image effacée
Et par mon innocent et funeste entretien
Un autre tourment que le mien
Vous est tombé dans la pensée
Peut-être quand mon oeil ardent
Vous contemplait en imprudent
Ce qu’en dépit de moi trop souvent il hasarde
Vous disiez en vous-même, et mon cœur l’entendait :
Hélas ! l’autre me regardait
Comme celui-ci me regarde !
S’il est ainsi, j’aimerais mieux
Ne dire mot, baisser les yeux
Et prendre une froideur qui soit comme la vôtre
Que de vous mettre au point où vous étiez tantôt.
Hélas ! Oubliez-moi plutôt
Que de vous souvenir d’un autre !